{"id":239,"date":"2012-03-22T09:48:41","date_gmt":"2012-03-22T09:48:41","guid":{"rendered":"http:\/\/simonertel.net\/blog\/?p=239"},"modified":"2026-04-25T20:45:45","modified_gmt":"2026-04-25T20:45:45","slug":"biographie-de-staline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/biographie-de-staline\/","title":{"rendered":"La cour du tsar rouge !"},"content":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9e par Simon Sebag Montefiore (<a title=\"Simon Sebag Montefiore\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Simon_Sebag_Montefiore\">\u00e9crivain \/ historien britannique sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la Russie<\/a>), la biographie du dictateur Staline, \u00ab\u00a0La cour du tsar rouge\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9dition que j&rsquo;ai bouquin\u00e9e s&rsquo;\u00e9tale sur deux ouvrages \u00ab\u00a0de poche\u00a0\u00bb (qui n&rsquo;en ont que le titre), s\u00e9parant le \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb de Staline en deux p\u00e9riodes, de 1929 \u00e0 1941, et de 1941 \u00e0 1953.<\/p>\n<h3>Les objets<\/h3>\n<p>Les deux livres, des \u00e9ditions tempus, sont \u00e0 la base un seul et m\u00eame livre. Les couvertures sont des photos qui frappent bien l&rsquo;imaginaire, je me suis surpris \u00e0 lire derri\u00e8re leurs descriptions pour savoir qui \u00e9tait dessus (en dehors de Staline \u00e9videmment&#8230;). En revanche, choix catastrophique de la part de l&rsquo;\u00e9diteur de l&rsquo;avoir divis\u00e9 en deux livres, m\u00eame si cela se justifie parfaitement d&rsquo;un point de vue narratif. En effet, d\u00e8s les premi\u00e8res lectures, des pages se sont d\u00e9tach\u00e9es du dos du livre&#8230; A contrario, le support \u00ab\u00a0de poche\u00a0\u00bb m&rsquo;a tout de m\u00eame permis de bouquiner dans le m\u00e9tro sans difficult\u00e9. Il aurait \u05d0\u05d5\u05dc\u05d9 fallu peut-\u00eatre diviser \u00ab\u00a0La cour du tsar rouge\u00a0\u00bb en quatre ouvrages ?<\/p>\n<h3>L&rsquo;\u00e9criture<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9criture est simple et accessible (il s&rsquo;agit d&rsquo;une traduction de l&rsquo;anglais) et il ressort de cet \u00e9norme travail documentaire un luxe d&rsquo;anecdotes et de d\u00e9tails dont on se d\u00e9lecte sans aucun doute ! L&rsquo;historien y a pass\u00e9 plus de deux ans, et a r\u00e9colt\u00e9 par lui-m\u00eame de nombreux t\u00e9moignages d&rsquo;anciens de la cour. \u00c0 la fin de l&rsquo;ouvrage, on a l&rsquo;impression d&rsquo;avoir un peu c\u00f4toy\u00e9 le Staline du pouvoir, et on se rend compte des nerfs d&rsquo;acier qu&rsquo;il fallait pour le faire ! On angoisse avec les gens qui l&rsquo;entourent !<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"\" src=\"http:\/\/rcm-fr.amazon.fr\/e\/cm?t=lanndesblobd-21&amp;o=8&amp;p=12&amp;l=st1&amp;mode=books-fr&amp;search=La cour du tsar rouge&amp;fc1=000000&amp;lt1=_blank&amp;lc1=3366FF&amp;bg1=FFFFFF&amp;f=ifr\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\" width=\"300\" height=\"250\"><\/iframe><br \/>\n<!--more--><\/p>\n<h3>La premi\u00e8re partie<\/h3>\n<p>Lorsque l&rsquo;on commence l&rsquo;ouvrage, on tombe sur une liste exhaustive de noms russes qui constitue l&rsquo;entourage de Staline ; cette liste est cat\u00e9goris\u00e9e par affinit\u00e9s et r\u00f4les. Au d\u00e9but, on a beaucoup de mal \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9hender, ne vous focalisez pas dessus, mais n&rsquo;h\u00e9sitez pas \u00e0 y retourner ensuite r\u00e9guli\u00e8rement. N&rsquo;\u00e9tant pas habitu\u00e9 aux m\u00e9thodologies d&rsquo;historiens ou de gros lecteurs, j&rsquo;ai eu la maladresse de la lire d&rsquo;entr\u00e9e, ce qui m&rsquo;a co\u00fbt\u00e9 du temps pour pas grand-chose, car les diff\u00e9rents protagonistes sont ensuite d\u00e9crits plus en profondeur \u00e0 tour de r\u00f4le lorsqu&rsquo;ils entrent chronologiquement en sc\u00e8ne. On accroche, car le prologue est la description pr\u00e9cise de la soir\u00e9e o\u00f9 <a title=\"Article Wikip\u00e9dia\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nadejda_Allilou%C3%AFeva-Staline\" target=\"_blank\">Nadia<\/a> (Nadejda en russe), la seconde femme de Staline, se suicide. La description de la soir\u00e9e, du drame et du contexte plonge imm\u00e9diatement le lecteur dans une r\u00e9alit\u00e9 palpable, et donc d&rsquo;autant plus saisissante. C&rsquo;est ce luxe de d\u00e9tails sur les \u00e9v\u00e9nements de la vie de Staline qui fait toute la puissance de cet ouvrage. Ensuite, bien que ce ne soit pas l&rsquo;objet premier du livre, on \u00e9voque dans la premi\u00e8re partie la jeunesse de Staline (en partant de sa naissance, 1878) au suicide de Nadia, sa seconde \u00e9pouse. Certains t\u00e9moins affirmeront que c&rsquo;est cet \u00e9v\u00e9nement tragique qui ach\u00e8vera la transformation de Iossif (Joseph en g\u00e9orgien) en Staline, c&rsquo;est-\u00e0-dire en un implacable politicien froid, d\u00e9termin\u00e9 et inflexible, se laissant aller \u00e0 toutes ses d\u00e9rives sanguinaires et parano\u00efaques.<\/p>\n<h3>Iossif, Koba, Soso, Staline.<\/h3>\n<p>Je ne vais pas \u00e9num\u00e9rer ici toutes les parties de ces deux bouquins. Simplement, comme on s&rsquo;y attend dans une biographie, elles vont d\u00e9crire, dans l&rsquo;ordre chronologique, l&rsquo;\u00e9volution de Staline, \u00e0 peu pr\u00e8s du moment o\u00f9 il est au sommet de son pouvoir (1929, anniversaire de ses 50 ans), \u00e0 la fin de sa vie (fin de la deuxi\u00e8me partie), sans pour autant omettre son enfance, puisque un tour d&rsquo;horizon est effectu\u00e9, comme on vient de le voir.<\/p>\n<div id=\"attachment_294\" style=\"width: 448px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Staline1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-294\" class=\"size-full wp-image-294\" title=\"Staline\" src=\"http:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/Staline1.png\" alt=\"La cour du tsar rouge\" width=\"438\" height=\"688\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-294\" class=\"wp-caption-text\">Couverture du premier livre. Les parents de la fillette furent arr\u00eat\u00e9s et tu\u00e9s peu de temps apr\u00e8s.<\/p><\/div>\n<h3>Des questions d&rsquo;abord<\/h3>\n<p>Lorsque j&rsquo;ai abord\u00e9 ce bouquin, j&rsquo;avais des questions simples (voire simplettes), \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de cette biographie. Comment le socialisme, un id\u00e9alisme de bonheur collectif, sur le papier, peut-il en arriver \u00e0 mettre en place un syst\u00e8me qui va broyer des vies humaines, et qui, au final, ne respectera pas m\u00eame l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9galit\u00e9, avec un personnage dont le culte de la personnalit\u00e9 va culminer plus que jamais ? O\u00f9 se met en place une cour digne des tsars o\u00f9 tous les abus seront commis au d\u00e9triment d&rsquo;id\u00e9aux qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s incarner ? Si ces questions ne sont pas propres au stalinisme, on peut en d\u00e9gager d&rsquo;autres qui lui sont plus sp\u00e9cifiques ; Comment un G\u00e9orgien peut-il en arriver \u00e0 s&rsquo;enticher du peuple russe plus que du peuple dont il est lui-m\u00eame issu ? Qui est donc ce h\u00e9ros de la Seconde Guerre mondiale qui est parvenu \u00e0 bout du nazisme, sur le front de l&rsquo;Est, apr\u00e8s avoir conclu un pacte d&rsquo;alliance avec ces derniers ? Sans y r\u00e9pondre, car cela n&rsquo;est pas non plus son but, ce travail donne de solides \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse.<\/p>\n<h3>Les r\u00e9ponses !<\/h3>\n<p>Ce qui suit va reprendre les \u00e9l\u00e9ments du livre, qu&rsquo;on retrouve en g\u00e9n\u00e9ral dans toutes les biographies, m\u00e2tin\u00e9 de mon analyse personnelle ; Issu d&rsquo;un milieu pauvre, surprot\u00e9g\u00e9 par sa m\u00e8re (\u00e0 la mort de laquelle il n&rsquo;ira pas m\u00eame \u00e0 l&rsquo;enterrement&#8230;), Iossif Djougatchvili s&rsquo;engage t\u00f4t dans les mouvements r\u00e9volutionnaires, pour ne plus jamais en sortir. Il subira \u00e0 plusieurs reprises l&rsquo;exil et l&#8217;emprisonnement, et m\u00e8nera m\u00eame une vie de bandit et de braquage pour enrichir la cause. Il se battra \u00e0 <strong>Tsaritsyne<\/strong> (ensuite renomm\u00e9 en <strong>Stalingrad<\/strong> puis enfin en <strong>Volgograd<\/strong>) contre les arm\u00e9es blanches, avec succ\u00e8s, ayant sous ses ordres deux militaires qui lui survivront, fait notable si l&rsquo;on consid\u00e8re les purges du dictateur&#8230;<br \/>\nAvec ces quelques \u00e9l\u00e9ments, on peut d\u00e9j\u00e0 entrevoir le monstre qui se profile ; D\u00e9dain des \u00e9lites, car lui-m\u00eame issu du peuple et m\u00e9fiance pouss\u00e9e \u00e0 son comble, provoqu\u00e9e par des ann\u00e9es de complot, de fuites, et de r\u00e9volution. Ce point est d&rsquo;ailleurs int\u00e9ressant \u00e0 souligner. Combien de dictateurs consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0parano\u00efaques\u00a0\u00bb, sont issus de mouvements r\u00e9volutionnaires ? Quelle situation n&rsquo;est pas pire qu&rsquo;un mouvement clandestin, pour l&rsquo;esprit humain ? Stress permanent, traque, m\u00e9fiance absolue envers tout le monde, y compris les membres de sa famille, volont\u00e9 de survivre et de se battre, instinct de survie des plus \u00e9l\u00e9mentaires sollicit\u00e9 en permanence, promesse de lendemains id\u00e9aux, culte du secret&#8230; \u00c9videmment, \u00eatre engag\u00e9 dans de \u00ab\u00a0bonnes causes\u00a0\u00bb n&rsquo;engendre pas que des serial killers, Dieu merci, il faut avoir d&rsquo;autres pr\u00e9dispositions. Staline les a. Comme par exemple, une frustration probable, une peur de l&rsquo;\u00e9chec constante. De petite taille, le visage gr\u00eal\u00e9 par la petite v\u00e9role, toute sa vie il sera hant\u00e9 par la peur de l&rsquo;\u00e9chec de sa politique, de l&rsquo;id\u00e9ologie sovi\u00e9tique&#8230; Il doit \u00eatre le chef, et ne supportera que de moins en moins la contradiction au fur et \u00e0 mesure de sa vie, qu&rsquo;il \u00e9liminera ses garde-fous. La traduction de ce complexe se ressentira par une nette pr\u00e9f\u00e9rence pour des personnes issues, comme lui, de milieux modestes, ou, mieux, d&rsquo;autodidactes opini\u00e2tres et forcen\u00e9s. Il \u00e9rigera par lui-m\u00eame sa nouvelle bourgeoisie, sa nomenklatura, qui ne lui survivra d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;en partie&#8230; Il tisse des liens forts (enfin, en apparence) avec des personnes qui ont des similitudes avec son pass\u00e9, son v\u00e9cu ou ce qu&rsquo;il pense \u00eatre ; Des exil\u00e9s, des anciens s\u00e9minaristes (il le fut lui-m\u00eame), des G\u00e9orgiens, des r\u00e9volutionnaires ou des \u00e9crivains (Staline n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 r\u00e9\u00e9crire des po\u00e8mes, des chansons ou des films selon ses propres envies&#8230; et gare si cela n&rsquo;est pas respect\u00e9 !)&#8230; Enfin, dernier atout pour la course au Kremlin, cela peut surprendre, Staline sait tr\u00e8s bien charmer son entourage. Apr\u00e8s, au-del\u00e0, Staline d\u00e9ploie un certain nombre de \u00ab\u00a0talents\u00a0\u00bb inh\u00e9rents \u00e0 tout politique que l&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme classiques dans ce milieu : go\u00fbt de l&rsquo;intrigue, de la manipulation, absence de scrupules&#8230;<\/p>\n<h3>Une ascension qui se d\u00e9roule en douceur<\/h3>\n<p>Si ce livre a bien un m\u00e9rite, c&rsquo;est bien de contextualiser l&rsquo;ascension de Staline&#8230; parmi d&rsquo;autres brutes du m\u00eame acabit ! Staline ne para\u00eet pas plus sanguinaire que d&rsquo;autres, au moins au d\u00e9but, et il se garde bien d&rsquo;\u00e9craser les autres compagnons bolcheviques, qui sont d&rsquo;ailleurs pour la plupart des soutiens. Il joue de son charme au mieux pour les rallier tous. Habillement, il les divise et les travaille patiemment dans la dur\u00e9e, ne prenant jamais de d\u00e9cision seul, se garantissant toujours des alli\u00e9s&#8230; Suite au suicide de Nadia, il est probable qu&rsquo;il y perde une attache forte aux r\u00e9alit\u00e9s humaines et sociales. Cette derni\u00e8re, bien qu&rsquo;hyst\u00e9rique, lui servait jusqu&rsquo;alors de garde-fou et de lien avec une forme de r\u00e9alit\u00e9 humaine et familiale. Certes, les d\u00e9portations massives de paysans, puis l&rsquo;Holodomor a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 mise en place, et il en est bien le moteur principal, mais son instinct de destructeur n&rsquo;a pas encore frapp\u00e9 son entourage proche. 2 ans plus tard, l&rsquo;attentat du populaire Kirov (1934), dans des circonstances tr\u00e8s louches, sert d\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur \u00e0 toutes sortes de pressions o\u00f9 il va aller de plus en plus loin&#8230; Pour le moment, il n&rsquo;agit pas tout \u00e0 fait seul et se garde bien de toujours tenir inform\u00e9 une ou deux grandes pontes \u00e0 qui il fait confiance. C&rsquo;est l&rsquo;heure des grands proc\u00e8s de Moscou ! Il va tester sans cesse plus avant la fid\u00e9lit\u00e9 de ses sbires, testant les r\u00e9actions de ceux qui restent. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on rentre dans toute l&rsquo;horreur de son jeu pervers de pouvoir et de contr\u00f4le. Des jeux habiles, o\u00f9 il entachera ses camarades les uns apr\u00e8s les autres, laissant le sang des autres sur leurs propres mains. La propagande appuiera \u00e9videmment ce sch\u00e9ma, d\u00e9non\u00e7ant toujours l&rsquo;ennemi int\u00e9rieur, jamais Staline. En toile de fond, le drame de peuples entiers, d\u00e9port\u00e9s et d\u00e9cim\u00e9s, au nom de la r\u00e9ussite de l&rsquo;id\u00e9ologie.<\/p>\n<h3>Des traits de caract\u00e8re qu&rsquo;il fallait favoriser&#8230;<\/h3>\n<p>Cette id\u00e9ologie, plus fantoche que concr\u00e8te, hanta Staline. Ses convictions tinrent une place pr\u00e9gnante dans les premi\u00e8res parties de sa vie, et c&rsquo;est avec opini\u00e2tret\u00e9 qu&rsquo;il se battit pour la cause bolchevique. Bien qu&rsquo;ayant usurp\u00e9 la succession de L\u00e9nine, il en reprend n\u00e9anmoins les principes et la continuit\u00e9, mettant la cause socialiste au-dessus de tout. Ceux qui ne respectent pas ce credo sont vus comme contre-r\u00e9volutionnaires, et m\u00e9ritent par cons\u00e9quent&#8230; la mort. Cette vision binaire et simpliste sera son credo, mais on pourra arguer qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas le seul \u00e0 l&rsquo;avoir. Malheureusement pour de nombreuses personnes, ses convictions \u00e9volueront au cours du temps, et de sa volont\u00e9 de rester au pouvoir&#8230; Entra\u00eenant cons\u00e9quemment dans leur sillage autant de morts qu&rsquo;envisageable, dans des corps de m\u00e9tiers ou populations clairement innocentes. L\u00e0 aussi le livre d\u00e9montre que ce m\u00e9canisme n&rsquo;\u00e9mane pas, loin s&rsquo;en faut, que du seul Staline. Sa clique rec\u00e8le des fanatiques tout autant furieux que lui ; Le culte de la personnalit\u00e9 et le mot m\u00eame \u00ab\u00a0stalinisme\u00a0\u00bb ne seront pas invent\u00e9s par Staline lui-m\u00eame, mais probablement par l&rsquo;un de ses fid\u00e8les lieutenants. D\u00e9sireux de briller \u00e0 ses yeux, simples ambitieux, id\u00e9ologues ou juste prudents souhaitant sauver leur peau, auront leur point de vue sur les actions \u00e0 entreprendre, et essaieront de gagner ses faveurs. Celui-ci est d&rsquo;ailleurs influen\u00e7able, et sait \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de qui sait lui parler. Et bien souvent, lorsque il h\u00e9site, son entourage politique sera l\u00e0 pour l&rsquo;encourager et le soutenir. De nombreuses soir\u00e9es et s\u00e9ances de cin\u00e9ma les rassemblent, et son aussi un lieu d&rsquo;exercice du pouvoir. Lors du choc de la Seconde Guerre mondiale, ce seront eux qui l&rsquo;encourageront \u00e0 rester au pouvoir, Staline doutant, est accabl\u00e9. La vie des potentats est ainsi rythm\u00e9e par des paris hasardeux sur les futurs choix du chef. Lorsque Staline d\u00e9cr\u00e8te qu&rsquo;il faut d\u00e9porter telle ou telle cat\u00e9gorie de la population, c&rsquo;est bien ses subalternes qui vont ex\u00e9cuter le plus fid\u00e8lement possible ses ordres ! Par conviction de la justesse de leur cause, et par souhait de bien se faire voir, ils vont doubler voire tripler les quotas de d\u00e9portation, ce qui donne un ordre d&rsquo;id\u00e9e des massacres qui vont \u00eatre commis sans discernement&#8230; Cette volont\u00e9 de plaire m\u00eal\u00e9e \u00e0 la menace sourde de tomber en disgr\u00e2ce, voici la f\u00e9roce m\u00e9canique qui va s&rsquo;alimenter d&rsquo;elle-m\u00eame, nourrie par Staline et ses fid\u00e8les, avec, au fur et \u00e0 mesure, de moins en moins de garde-fous et de relation de confiance. Ce qui donnera un dictateur de plus en plus&#8230; seul. Ce cercle vicieux est brillamment et longuement d\u00e9crit dans le livre.<\/p>\n<p><object width=\"480\" height=\"360\" classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\" \/><param name=\"src\" value=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/wlvYGqi3Dbc?version=3&amp;amp;hl=fr_FR&amp;amp;rel=0\" \/><param name=\"allowfullscreen\" value=\"true\" \/><embed width=\"480\" height=\"360\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/v\/wlvYGqi3Dbc?version=3&amp;amp;hl=fr_FR&amp;amp;rel=0\" allowFullScreen=\"true\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\" \/><\/object><br \/>\n<span style=\"color: #999;\">Amusante vid\u00e9o de propagande, avec un acteur en carton qui reprend les mimiques du \u00ab\u00a0Camarade Staline\u00a0\u00bb, de la mani\u00e8re probablement la plus malsaine qui soit !! Staline par ailleurs n&rsquo;aimait pas du tout les prestations en public<br \/>\n<\/span><\/p>\n<h3>L&rsquo;homme&#8230;<\/h3>\n<p>L&rsquo;exercice de toute biographie digne de ce nom est de nous pr\u00e9senter non seulement le personnage mais aussi et surtout l&rsquo;homme qu&rsquo;il y a derri\u00e8re, aussi peu sympathique soit-il. L\u00e0 encore, un sans-faute. Ainsi on y d\u00e9couvre un Staline aimant ses enfants et petits-enfants, qui rend visite \u00e0 sa m\u00e8re, qui lib\u00e8re des amis du goulag, qui n&rsquo;aime rien moins que pratiquer le jardinage, aime \u00e0 chanter des cantiques, et aime beaucoup le cin\u00e9ma. En soir\u00e9e, il ne danse pas beaucoup mais aime \u00e0 voir les dignitaires le faire, et s&rsquo;en amuse. Il aime rien de moins que relat\u00e9 ses faits d&rsquo;anciens d\u00e9port\u00e9s, en Sib\u00e9rie. Il appr\u00e9cie beaucoup les datchas du sud de la Russie, et aime \u00e0 se promener. On le voit aussi abattu et doutant (comme j&rsquo;ai pu le d\u00e9crire par exemple lors de la Seconde Guerre mondiale), mais aussi cynique, aimant \u00e0 rire de ses victimes, se d\u00e9lectant de leurs derniers moments. Cette parano\u00efa omnipr\u00e9sente aussi, qui va par exemple l&rsquo;amener de mani\u00e8re grotesque \u00e0 se soulager devant ses dignitaires, en visite au front, par peur d&#8217;embuscade dans les fourr\u00e9s&#8230;<br \/>\nCette lucidit\u00e9 aussi, \u00e0 d\u00e9daigner ce culte de la personnalit\u00e9, qu&rsquo;il estime n\u00e9cessaire, mais dont il se garde d&rsquo;\u00eatre dupe. Ses derniers jours, en 1953, son aura de psychopathe jouera en sa d\u00e9faveur, puisque \u00e9tant paralys\u00e9, agonisant, durant 2 jours, les potentats n&rsquo;oseront pas prendre une d\u00e9cision, craignant de mani\u00e8re instinctive un imaginaire r\u00e9tablissement du \u00ab\u00a0vojd\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Conclusion<\/p>\n<p>Un ouvrage certes dense, mais qui rec\u00e8le une telle quantit\u00e9 de citations et de d\u00e9tails qu&rsquo;on ne se lasse \u00e0 aucun moment de le lire. Cette r\u00e9alit\u00e9 fut bien pire que bien des fictions, c&rsquo;est probablement ce qui glace le plus le sang. Sans d\u00e9douaner Staline de tous ses crimes, elle met en lumi\u00e8re les fanatiques de son entourage, compl\u00e8tement d\u00e9pendants de ses souhaits et donc de moins en moins susceptibles de le ramener \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 politique tangible et humaine. Bref, un cercle vicieux cr\u00e9\u00e9 par ses soins, et dont probablement il n&rsquo;avait pas conscience, et qui lui fit perdre la r\u00e9alit\u00e9 des choses.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9e par Simon Sebag Montefiore (\u00e9crivain \/ historien britannique sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;histoire de la Russie), la biographie du dictateur Staline, \u00ab\u00a0La cour du tsar rouge\u00a0\u00bb, l&rsquo;\u00e9dition que j&rsquo;ai bouquin\u00e9e s&rsquo;\u00e9tale sur deux ouvrages \u00ab\u00a0de poche\u00a0\u00bb (qui n&rsquo;en ont que le titre), s\u00e9parant le \u00ab\u00a0r\u00e8gne\u00a0\u00bb de Staline en deux p\u00e9riodes, de 1929 \u00e0 1941, et de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[14,12,13,11,15],"class_list":["post-239","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-livres","tag-biographie","tag-livre","tag-ouvrage","tag-staline","tag-vojd"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/239","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=239"}],"version-history":[{"count":70,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/239\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1015,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/239\/revisions\/1015"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=239"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=239"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/simonertel.net\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=239"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}